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1. L'Eglise protestante de Genève
Au XVIe siècle, Genève, ville d'Empire, était entourée par les terres du duc de Savoie. Son souverain était un prince évêque dévoué aux intérêts du duc. La ville a commencé à secouer son joug en s'appuyant sur un traité de combourgeoisie conclu en 1526 avec Fribourg et Berne, aux termes duquel le duc s'abstenait de tout acte de violence envers les Genevois et leur accordait la liberté de commerce. Neuf ans plus tard, en 1535, travaillés par la prédication de Guillaume Farel et d'Antoine Froment, les Genevois ont aboli la messe. En 1536, Calvin, juriste et humaniste de vingt-sept ans, de passage à Genève, fut retenu par Farel pour organiser la Réforme. Les débuts ont été difficiles et se sont soldés en 1538 par un échec pour les deux réformateurs. Calvin revint à Genève quelques années plus tard, en 1541, et a pu alors mettre sur pied à Genève une Eglise inspirée par la Réforme.
L'Eglise protestante de Genève est donc issue de la Réforme adoptée le 21 mai 1536 par le Conseil général réuni au Cloître. La Réforme a déterminé l'avenir de Genève qui s'est organisée en République après avoir échappé à la Savoie. Elle devint l'un des centres de la chrétienté occidentale. Calvin a conféré à l'Eglise ses structures et a contribué à organiser celles du pouvoir civil, structures qui ont duré jusqu'à la fin de l'Ancien régime. Calvin attira un flux considérable de réfugiés de toute l'Europe, qui ont donné à la cité une impulsion culturelle et ont élevé Genève au rang de Rome protestante. En 1559, Calvin a créé l'Académie, qui devint une pépinière du calvinisme. Succédant à Calvin, Théodore de Bèze a été une figure dominante de l'Etat chrétien. Au XVIIIe siècle par contre, époque de Rousseau et de Voltaire, la religion n'était plus le centre des préoccupations. La Constitution de 1794, issue de la révolution de 1792, réservait néanmoins la citoyenneté aux seuls protestants.
Occupée par la France en 1798, rattachée à la République, puis à l'Empire français, Genève a vu le rétablissement du culte catholique romain. La Restauration et l'entrée dans la Confédération en 1815, avec le rattachement de communes sardes et françaises peuplées d'habitants catholiques (les communes réunies), en ont fait même l'un des rares cantons suisses confessionnellement mixtes au XIXe siècle. La révolution radicale de 1846 a transformé les structures de l'Eglise protestante en faisant une plus grande part aux laïques dans la direction de l'Eglise. Le gouvernement radical d'Antoine Carteret a "nationalisé" le catholicisme romain en créant en 1873 une Eglise catholique nationale de structure démocratique, l'Eglise catholique chrétienne, et chassa le curé Gaspard Mermillod qui voulait rétablir un évêché de Genève. L'époque du Kulturkampf a engendré de nombreux conflits. Pour mettre fin à ce climat perturbé, le Grand Conseil a voté en 1907 la suppression du budget des cultes. En effet, jusque là, l'Etat soutenait l'Eglise nationale protestante et l'Eglise catholique chrétienne, mais pas l'Eglise catholique romaine pourtant la plus importante numériquement. Cette séparation de l'Eglise et de l'Etat a permis de souligner aussi le caractère laïc de l'Etat. |
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2. Le régime presbytéro-synodal
"Presbytéro-synodal" vient du grec et des mots français "presbytère" et "synode" qui en dérivent. Ces termes sont interprétés différemment dans les diverses Eglises. Pour les catholiques, "presbytère" qualifie la maison du curé, et "synode" une assemblée d'ecclésiastiques ou d'évêques.
Pour les réformés, "presbytère" désigne également la maison du pasteur, mais fait allusion surtout au conseil presbytéral ou conseil des anciens équivalant aujourd'hui aux conseils de paroisses, de services ou de ministères. Les communautés réformées locales, paroisses ou ministères, confient donc leur gestion temporelle et spirituelle, diaconale ou caritative, à un conseil qu'elles élisent. (Voir le chapitre 3 "Genèse des conseils de paroisse"). Le mot conseil représente la traduction réformée du mot grec presbytère.
Le mot "synode, lui, se réfère à l'assemblée des délégués, ministres et laïques, provenant des conseils paroissiaux ou régionaux. Chaque communauté locale, paroisse, service ou ministère, envoie des délégués au synode (Consistoire) et laisse à cette instance supra-paroissiale la gestion des problèmes qui ne peuvent être traités uniquement au niveau local : doctrine, consécration des ministres, péréquation financière, médiation dans les conflits entre communautés ou au sein d'une communauté, etc. Les ministres, pasteurs ou diacres, représentent une proportion variable, mais nettement minoritaire, des délégués constituant le synode (Consistoire). A Genève, cette assemblée synodale se nomme le Consistoire (du mot latin "consistorium", assemblée de pasteurs ou de délégués des conseils), alors que dans d'autres Eglises réformées de Suisse et d'ailleurs, elle est connue sous le nom de Synode.
L'originalité du système presbytéro-synodal est double : d'une part, la conception d'autorité n'y est pas à sens unique, du haut vers le bas, ou de la base presbytérale vers le synode, mais les deux organes renvoient l'un et l'autre à la seule autorité de Dieu.
D'autre part, ce système conçoit l'Eglise comme un corps formé de tous ceux et celles qui la constituent, et considère que sa gestion est leur affaire commune.
Contrairement à l'épiscopat qui gère l'Eglise catholique de manière hiérarchique, le régime presbytéro-synodal constitue ce que l'on pourrait appeler un épiscopat collégial. Ce système présente les avantages d'un régime démocratique (participation de tous les membres d'une Eglise à sa gestion) mais aussi ses inconvénients (lenteur des procédures et mécanismes de décision consensuelle). Les Eglises réformées tiennent cependant à ce régime presbytéro-synodal parce qu'elles manifestent ainsi leur volonté de n'avoir d'autre autorité que celle de Dieu.
(Adaptation d'un article tiré de l'"Encyclopédie du protestantisme" Cerf – Labor et Fides 1995)
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3. La genèse des conseils de paroisses dans l'Eglise de Genève
3.1 L'organisation de l'Eglise à la réforme.
Les "anciens" (du grec "presbyteros") sont mentionnés dans le Nouveau Testament (Actes 14,23). Ils jouent un rôle important dans l'organisation des Eglises locales mise en place par l'apôtre Paul. Mais il ne faut pas croire que ces conseils d'anciens des premières communautés chrétiennes ont fonctionné dans l'Eglise sans interruption pour devenir les conseils de paroisses que nous connaissons aujourd'hui à Genève !
En 1536, Genève a adopté la Réforme. Calvin, expulsé puis rappelé à Genève, a mis sur pied une organisation ecclésiale indépendante de l'Etat et a réparti l'administration de l'Eglise entre pasteurs, docteurs (professeurs), diacres et anciens. Le gouvernement de l'Eglise était assuré par la Compagnie des pasteurs et le Consistoire, regroupant les ecclésiastiques et les anciens. Les laïques ont, en théorie, disposé alors d'un rôle important. En réalité cependant, comme dans les autres cantons romands, l'Eglise genevoise s'est transformée peu à peu en une église cléricale.
3.2 Le mouvement du Réveil
Dès 1817, le mouvement du Réveil a eu une influence considérable sur l'Eglise genevoise. Les tenants du Réveil ont adressé à la Compagnie des pasteurs le reproche d'avoir procédé à un accaparement véritable et non autorisé de tous les pouvoirs au sein de l'Eglise. Le Réveil, qui mettait l'accent sur l'aspect individuel de la religion, réaffirmait l'autorité infaillible des Ecritures et, sur le plan de l'organisation de l'Eglise, a ré-interprété le concept du sacerdoce universel en accordant aux laïques une place importante dans le gouvernement des communautés. Ceci a eu pour effet de redonner aux fidèles un intérêt pour les questions religieuses dont ils se sentaient désormais responsables. C'est ainsi que, dès 1849, l'Eglise évangélique libre de Genève s'est organisée selon un système presbytéro-synodal comprenant des conseils de paroisses.
3.3 Les constitutions genevoises de 1842 et 1847
Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, une redistribution des compétences s'est opérée entre les diverses instances de l'Eglise . Peu à peu, la Compagnie des pasteurs a perdu de ses prérogatives au profit du Consistoire. Les deux constitutions successives de 1842 et 1847 ont fait de l'"Eglise-clergé" qu'était devenue l'Eglise de Genève, une "Eglise-peuple". La constitution de 1842, qui a représenté un compromis entre la tradition et les aspirations démocratiques, a institué dans le Consistoire une majorité laïque, élue par les membres protestants des conseils municipaux de la ville et de la campagne. La constitution de 1847, qui a suivi la révolution populaire ayant porté les radicaux au pouvoir, a marqué un progrès de l'anticléricalisme. Le gouvernement de l'Eglise n'était plus partagé entre la Compagnie et le Consistoire, mais assuré exclusivement par ce dernier, formé de laïques élus, comme les ecclésiastiques d'ailleurs, par l'ensemble des citoyens protestants. Quelques changements sont intervenus au niveau paroissial : les fidèles ont pu commencer à élire leurs pasteurs ; le Consistoire a été divisé en trois sections, dont deux - la section paroissiale de la ville et la section paroissiale de la campagne - assuraient les fonctions aujourd'hui dévolues aux conseils de paroisses. A l'époque, l'Eglise a donc disposé en quelque sorte de deux conseils de paroisses : un pour la ville, qui ne formait alors qu'une seule paroisse, et un pour l'ensemble des paroisses de la campagne. Pour ces dernières, un article du règlement permettait aux pasteurs de campagne de réunir, au besoin, les anciens de leur paroisse en conseil.
3.4 Le libéralisme protestant
Le règlement organique (1849), destiné à fixer le mode de fonctionnement de l'Eglise, a restreint la liberté accordée à l'Eglise par la constitution de 1847. en particulier, des entraves ont été mises à la liberté de doctrine. Mais certains esprits progressistes et libéraux acceptèrent mal les restrictions apportées par le règlement. Dès 1869, une forme nouvelle de l'ancien rationalisme a refait surface sous le nom de libéralisme protestant. Gagnant rapidement du terrain, ce mouvement s'est trouvé majoritaire au Consistoire en 1873. Il parvint ainsi à imposer ses vues, ce qui a aboutit à la nouvelle loi de 1874. Celle-ci supprimait les dernières prérogatives de la Compagnie et réduisit le Consistoire à ses fonctions administratives. La liberté d'enseignement et de prédication est devenue totale.
3.5 La naissance des conseils de paroisses
La lecture du mémorial des séances du Consistoire de la première année du XXe siècle donne l'impression que la préoccupation principale des délégués était de redonner vie à une institution mourante. A l'époque, la création des conseils de paroisses a été jugée comme "un moyen excellent d'intéresser le troupeau à l'activité de l'Eglise, de la contrôler et de la vivifier". (Mémorial des séances du Consistoire, 1900, p. 133). Le Consistoire a donc statué sur l'opportunitéd'instaurer des conseils de paroisses. Il a soumis au Grand Conseil une proposition allant dans ce sens et la modification de la loi a été acceptée sans grandesdiscussions en septembre 1901. Un règlement d'application fixant les modalités de fonctionnement de ces nouveaux conseils a été établi l'année suivante et adopté par le Consistoire et le Grand Conseil en mai 1903.
Ainsi s'est achevée la transformation de l'institution mise en place par Calvin, transformation qui, de 1842 à 1903, a entraîné l'Eglise genevoise dansun processus de redistribution du pouvoir entre clercs et laïques, au profit de ces derniers. La création des conseils de paroisses paraît donc comme uneconséquence normale de la démocratisation de l'institution ecclésiastique. Il faut souligner que les Conseils de paroisses sont ouverts aux femmes depuis 1910,et aux étrangers depuis 1950.
Adaptation d'un texte paru dans le "Bulletin du Centre protestant d'études", novembre 1984 : "Les conseillers de paroisses dans le protestantisme genevois", par le professeur Roland Campiche et le pasteur François Baatard)L'originalité du système presbytéro-synodal est double : d'une part, la conception d'autorité n'y est pas à sens unique, du haut vers le bas, ou de la base |
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Issue de la Réforme du XVIème siècle, l'Eglise protestante de Genève affirme avec reconnaissance, dans la communion de l'Eglise universelle, la continuité de la foi chrétienne à travers les expressions diverses qui en ont été données dans l'histoire. Sans s'attacher à leur lettre, elle aimerait rendre compte aujourd'hui de sa foi, avec l'aide du Saint-Esprit, dans le service auquel elle est appelée. |
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1. Devant les incertitudes de notre temps, nous plaçons notre confiance dans le Dieu vivant, Créateur du ciel et de la terre, Père de tous les humains : “ Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle ”. Dieu règne sur l'histoire et la mènera à son terme dans son Royaume. Il est le Dieu de la promesse et le Seigneur de l'avenir.
2. Notre foi est fondée sur la personne et sur l’œuvre de Jésus-Christ, le Serviteur de Dieu, crucifié sous Ponce Pilate et ressuscité des morts, seul Sauveur et Médiateur qui s'est donné lui-même pour le salut de tous. Il nous invite à vivre non pour dominer, mais pour servir.
3. L'Esprit-Saint, source de vie, recrée notre existence et la guide. Il nous parle au travers des Ecritures saintes en nous permettant de les étudier librement, avec respect, et de les interpréter au plus près de notre conscience. La Bible nous dévoile le dessein de Dieu et le sens de la vie humaine. L'écoute de l'Evangile est au cœur de notre recherche de la vérité et de tout renouvellement, tant personnel que social.
4. L'Eglise de Jésus-Christ dépasse les limites des confessions appelées à se reconnaître dans un esprit œcuménique. Locale et universelle, visible et invisible, pécheresse et pardonnée, elle est une communauté de croyants dans laquelle toutes et tous ont une tâche. Elle a pour vocation d'annoncer le salut, de briser les barrières injustes et d'être un lieu de réconciliation.
5. La communauté chrétienne témoigne à nos contemporains de la grâce de Dieu. Le baptême est le signe de l'amour de Dieu et d'une vie nouvelle. La sainte Cène est le repas où le Christ ressuscité nous fait vivre de sa présence et nous rapproche les uns des autres, quelles que soient nos origines. |
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| La Réforme affirme la responsabilité et la liberté personnelles. Attachés aux valeurs de justice sociale, de paix et de tolérance, les protestants, avec d'autres, dénoncent, partout où cela est nécessaire, les dangers d'idolâtrie et les atteintes aux droits de la personne. Ils proclament le pardon gratuit de Dieu, en attendant l'accomplissement de la promesse divine des cieux nouveaux et de la terre nouvelle “ où la justice habitera ”.
 | (Texte adopté par le Consistoire le 18 juin 1992)
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